|
EVALUATION
DE L'EXPOSITION DES CITADINS AUX POLLUANTS D'ORIGINE AUTOMOBILE
AU COURS DE LEURS DEPLACEMENTS DANS L'AGGLOMERATION PARISIENNE
Annie
COURSIMAULT, Claudie DELAUNAY, Ghislaine GOUPIL
Laboratoire Central de la Préfecture de Police (LCPP)*
contact : ghislaine.goupil@interieur.gouv.fr
Anne-Marie
LAURENT, Yvon LE MOULLEC, Alain PERSON
Laboratoire d'Hygiène de la Ville de Paris (LHVP)**
contact : lhvp1_ylm@club-internet.fr
Cette étude
a été réalisée de janvier 1996 à février 1998, en partenariat entre
le LCPP* et le LHVP**, dans le cadre du programme Primequal-Predit.
Elle s'inscrit dans le thème de recherche ''Mesure des aérocontaminants
et évaluation de l'expositon des populations''.
En région parisienne,
le citadin passe souvent plus d'une heure par jour dans les moyens
de transport, à titre personnel ou professionnel. De ce fait, dans
une démarche d'évaluation de l'exposition atmosphérique quotidienne,
la contribution des déplacements doit être prise en considération.
Les objectifs
de l'étude étaient d'établir une classification des modes de transport
selon les niveaux d'exposition, d'analyser les facteurs d'influence,
de comparer les résultats obtenus aux données du réseau de surveillance
de la qualité de l'air, aux valeurs de référence nationales ou internationales
et aux données publiées.
Aspect
méthodologique
Cinq modes de
déplacement, représentatifs de ceux utilisés en région parisienne,
ont été considérés : véhicules particuliers, transports en commun
(bus, métro, RER), marche et bicyclette. Tous modes confondus, 19
trajets de typologies différentes ont été retenus : 12 dans Paris
(intra-muros, boulevard circulaire et boulevard périphérique), 6
en proche banlieue et 1 en banlieue éloignée. Pour les trajets automobiles,
les véhicules utilisés étaient trois voitures de service, deux équipées
d'un moteur à essence et une à motorisation diesel. Les mesures
ont été effectuées aux heures de forte affluence du matin (7h-9h30)
et de fin d'après-midi (17h-19h). Les prélèvements individuels d'air
ont été réalisés par du personnel volontaire non fumeur des deux
laboratoires. Leur durée a été fixée à environ 1 heure, ce qui correspond
au temps moyen de déplacement du citadin en région parisienne pour
se rendre de son domicile à son lieu de travail et réciproquement.
Pour chaque situation, les mesures réparties en hiver et en été,
ont été répétées 40 à 50 fois ce qui conduit globalement à près
de 900 déterminations par polluant. Les indicateurs suivis sont
les contaminants majeurs des émissions automobiles : monoxyde de
carbone (CO), monoxyde et dioxyde d'azote (NO, NO2), hydrocarbures
aromatiques monocycliques (HAM) et particules appréciées par l'indice
de fumée noire (FN). L'analyseur de CO et les dispositifs d'échantillonnage
ont été placés dans un sac à dos, les capteurs étant positionnés
au niveau des voies respiratoires des participants.
Niveaux
d'exposition selon les modes de déplacement
Le tableau
ci-après présente les valeurs médianes mesurées pour les 19 situations
étudiées.
Teneurs médianes
mesurées pour les 19 situations étudiées

Pour la majorité
des polluants, les situations peuvent être classées en trois groupes
selon le niveau d'exposition :
- les teneurs
dans l'habitacle des véhicules automobiles sont supérieures à
celles qui concernent les autres modes de déplacement. Les niveaux
les plus élevés sont atteints sur le boulevard périphérique et
les plus faibles sur le trajet autoroutier.
- par opposition,
les trajets à pied ou en métro conduisent aux expositions les
plus faibles pour la majorité des polluants. Le piéton marchant
dans le quartier piétonnier subit l'exposition la plus faible
de toutes les situations étudiées. Les niveaux mesurés dans les
rames de RER sont plus faibles que dans le métro, exception faite
de l'indice de fumée noire dans le RER A.
- les déplacements
en vélo ou en bus confèrent des expositions comparables et intermédiaires
à celles résultant des autres modes de transport. L'exposition
du passager du bus et du cycliste sur le boulevard circulaire
est plus importante que lors des 2 autres trajets étudiés (Paris
intra-muros et banlieue), tous polluants confondus.
Les trois graphes
illustrent, pour les cinq modes de déplacement, la distribution
des teneurs mesurées pour trois indicateurs : monoxyde de carbone,
indice de fumée noire et benzène.
Monoxyde
de carbone (mg.m-3)

Indice
de Fumée Noire (µg.m-3)

Benzène
(µg.m-3)

La variation
des concentrations atmosphériques selon les modes et les trajets
n'a pas la même amplitude pour tous les indicateurs. Pour les polluants
gazeux primaires (CO, NO, HAM), l'étendue des valeurs est plus importante
que celle qui se rapporte à l'indice de fumée noire et à NO2.
Facteurs
qui influencent les niveaux d'exposition
On a tenté de
dégager le rôle respectif des principaux facteurs susceptibles d'influencer
les niveaux d'exposition.
Les caractéristiques
du trafic (vitesse des véhicules, pourcentage de poids lourds,...)
et la proximité du flux de véhicules sont évidemment deux paramètres
essentiels qui régissent les niveaux d'exposition. Par ailleurs,
la contribution d'autres sources que le trafic s'exprime pour certains
polluants (HAM, FN). Ce fait intéresse les environnements " intérieurs
" (automobiles, bus, métro, RER) pour diverses raisons :
- dans certains
véhicules équipés de moteur à essence, une fraction des HAM est
imputable à des émissions dues à l'évaporation du carburant du
véhicule,
- dans le
réseau souterrain du métro et du RER , des émissions de particules
liées au matériel roulant, aux infrastructures et à la remise
en suspension se surajoutent aux apports induits par la circulation
automobile.
Pour les facteurs
climatiques, la dispersion atmosphérique joue un rôle primordial
pour tous les polluants. Le phénomène est surtout marqué pour le
piéton qui se déplace à l'écart du trafic. Il est aussi observé,
dans une moindre mesure, au sein même de la circulation automobile,
ainsi que dans des environnements spécifiques que sont le métro
et le RER.
Tous ces paramètres
sont impliqués dans les évolutions temporelles étudiées à l'échelle
de la journée et de la saison.
Le matin, l'usager
des différents modes de transport est plus exposé qu'en fin d'après
midi. De même, les expositions sont supérieures l'hiver à celles
de la période estivale. Ces observations valent aussi bien pour
les déplacements à "l'air libre ", (piéton, vélo) que pour ceux
effectués dans les habitacles des véhicules (automobiles, bus) et
dans les rames de métro et du RER.
Les variations
matin-soir et hiver-été, sont de l'ordre de quelques dizaines de
pourcents, selon les polluants et les situations étudiées. L'amplitude
de ces variations est plus importante pour le piéton qui se déplace
à l'écart du flux de circulation que pour l'automobiliste.
Relation
avec les mesures réalisées dans les stations fixes du réseau de
surveillance de la qualité de l'air
Un des objectifs
du programme était de juger de la représentativité des stations
fixes du réseau de surveillance de la qualité de l'air à traduire
l'exposition des Franciliens pendant leurs déplacements. Ce réseau
comporte des stations urbaines à l'écart de la circulation et des
stations plus ou moins proches du trafic automobile.
Pour chaque
situation, les teneurs mesurées sur plusieurs stations fixes ont
été extraites les mêmes jours de mesurage et pendant les mêmes tranches
horaires.
La structure
du réseau actuel permet, par une sélection adéquate des stations,
une estimation satisfaisante de l'exposition moyenne annuelle subie
par le citadin au cours des déplacements :
- Les stations
de mesure à l'écart du trafic rendent compte de l'exposition subie
par le piéton et l'usager du métro et du RER (excepté pour la
contamination particulaire dans certains cas).
- Les données
des stations de moyenne proximité à la circulation sont voisines
des niveaux d'exposition des passagers du bus, du cycliste et
parfois du piéton.
- Les valeurs
enregistrées sur les sites de forte proximité au trafic sont proches
mais plutôt inférieures aux niveaux d'exposition subis par l'automobiliste.
A l'échelle
horaire, la corrélation entre l'exposition du citadin lors des déplacements
étudiés et une station fixe du réseau est en général peu satisfaisante
; elle est meilleure lorsque l'on s'éloigne de la source automobile.
Comparaison
à des teneurs de référence et des données publiées
Comment s'inscrivent
les résultats par rapport, soit aux valeurs de référence actuelles
(règlementaires ou recommandées) établies par les autorités sanitaires,
nationales ou internationales, soit aux données de travaux antérieurs
réalisés dans d'autres sites urbains. C'est l'objet de la dernière
partie de cette étude.
- Pour CO,
la valeur recommandée par l'OMS sur 1 heure (30 mg.m-3) n'est
jamais atteinte, quel que soit le type de trajet effectué.
- Pour NO2,
la nouvelle valeur guide adoptée en 1997 par l'OMS (200 µg.m-3
sur 1 heure) peut être atteinte ou dépassée (boulevard circulaire,
percentile 90 de 196 µg.m-3 ; boulevard périphérique, percentile
90 de 266 µg.m-3 ).
- Pour le
benzène, le Conseil Supérieur d'Hygiène Publique de France
(1997) recommande de ne pas dépasser la valeur limite quotidienne
de 25 µg.m-3. Les réglementations européennes en préparation viseront
probablement des expositions intégrées sur des périodes beaucoup
plus longues. Dans l'habitacle des voitures circulant à Paris
et en banlieue, les valeurs moyennes horaires sont de l'ordre
de 60 µg.m-3. Il faut craindre que les déplacements en voiture
dans un trafic dense apportent une contribution non négligeable
à l'exposition totale journalière.
- Pour le
toluène, dans l'habitacle des voitures roulant dans Paris
intra-muros et en banlieue, les maxima atteignent respectivement
2317 µg.m-3 et 1297 µg.m-3 pendant 1 heure. Ils dépassent la valeur
de 1000 µg.m-3 sur 30 minutes préconisée par l'OMS comme seuil
olfactif.
- Les niveaux
d'indice de fumée noire mesurés sur 1 heure ne peuvent
être comparés à la valeur guide journalière recommandée par l'OMS
qui est de 125 µg.m-3.
Les résultats
ont été comparés avec des données obtenues dans d'autres grandes
villes. Il apparaît que cette étude est beaucoup plus complète,
par le nombre et la diversité des situations choisies, par les indicateurs
considérés ainsi que par le nombre de trajets réalisés.
- Les niveaux
obtenus en CO sont très cohérents avec ceux mesurés dans d'autres
grandes villes et la hiérarchie des expositions dans les différents
modes de déplacement est comparable. La tendance serait à une
diminution sensible de l'exposition des citadins au monoxyde de
carbone au cours de leurs déplacements.
- S'agissant
de l'exposition au benzène, les teneurs mesurées sont parmi les
plus élevées de celles citées dans les études antérieures.
- Les quelques
mesures d'oxydes d'azote mentionnées dans d'autres publications
donnent des résultats équivalents.
Perspectives
A l'échelle
de l'agglomération parisienne, les parcours étudiés couvrent, avec
une bonne représentativité, les situations de déplacement rencontrées
par l'usager au coeur de Paris ou en proche banlieue. Par contre,
il n'est pas sûr que ce soit aussi le cas de la zone péri-urbaine
qui concerne nombre de Franciliens se déplaçant de banlieue à banlieue.
On se gardera également d'extrapoler les résultats parisiens à d'autres
agglomérations dont les conditions générales de circulation peuvent
être très éloignées du cas de la capitale. Néanmoins, les résultats
obtenus peuvent être considérés comme un préambule à des travaux
de portée plus large avec deux objectifs principaux :
- estimer
la contribution du transport à l'exposition atmosphérique quotidienne
du citadin. Dans ce contexte, il manque des données relatives
au budget espace-temps des Franciliens ainsi qu'à l'exposition
cumulée en tenant compte de tous les environnements, et de l'environnement
intérieur en particulier. En outre, il y aurait lieu de connaître
dans l'organisme la dose interne de chaque contaminant qui résulte
de l'exposition atmosphérique. Cette imprégnation est difficile
à appréhender car elle dépend de nombreux paramètres dont les
propriétés du polluant, l'organe cible et les processus pharmacocinétiques
et de l'activité physique des personnes. Ainsi, malgré une exposition
plus faible qu'en voiture, le déplacement en bicyclette peut éventuellement
conduire à une imprégnation en polluants similaire à celle de
l'automobiliste, si l'on tient compte du fait que l'activité physique
augmente la ventilation pulmonaire.
- contribuer
au développement d'un modèle d'exposition à partir des mesures
réalisées sur les sites fixes du réseau de surveillance de la
qualité de l'air. L'étude montre qu'il faut s'attendre à des relations
complexes pour prédire les variations d'exposition d'un jour à
l'autre. En effet, les coefficients de corrélation, calculés entre
niveaux d'exposition au cours des déplacements et teneurs observées
sur les sites fixes, sont généralement peu élevés.

|