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Reportages
 

La Brigade d'Assistance aux Personnes Sans Abri

Des volontaires de plus en plus motivés

La BAPSA constitue l'élément central du dispositif d'assistance de la Préfecture de Police aux personnes sans abri. Son activité a été recentrée vers une meilleure collaboration avec les commissariats centraux d'arrondissement où elle intervient de plus en plus aux côtés des policiers de quartier.

Tous les jours, dix véhicules de la Brigade d'Assistance aux Personnes Sans Abri (BAPSA) sillonnent Paris. Trois cars à 6h30, trois cars à 11h30, un car à 16h et trois cars à 18h30. Tous les jours, pendant six heures, ils tournent par équipes de deux. Les quarante-trois membres de la BAPSA sont tous volontaires et ont véritablement choisi cette mission de police humanitaire. Ils connaissent presque toutes les bouches de chaleur de la Capitale et repèrent de loin les cartons susceptibles d'abriter un corps recroquevillé par le froid. Le dialogue s'établit souvent sans difficulté et sans agressivité. "Autrefois, la rue pouvait être un choix, aujourd'hui, la vie de n'importe qui peut basculer" commente un policier, vingt-trois ans de BAPSA derrière lui.

La BAPSA a malheureusement ses habitués et ceux-là connaissent bien Danielle, Joël, Louis et les autres. Ils savent que ces policiers pas comme les autres peuvent les conduire au Centre d'Hébergement et d'Assistance aux Personnes Sans Abri (CHAPSA) à Nanterre, qui les accueillera pour la nuit. Car pour ces exclus des exclus, la BAPSA et le CHAPSA restent le seul recours. Le tissu associatif, qui s'est considérablement développé ces dix dernières années, refuse d'accueillir dans ses foyers les personnes ivres ou violentes. Et puis il a y toutes celles qui refusent d'être conduites en foyer et qui choisissent de rester, même dans les pires conditions, dans la rue.

De la répression à l'assistance

En quarante-cinq ans, le rôle de la BAPSA a considérablement évolué. A sa création pendant l'hiver 1954-1955, les associations humanitaires étaient bien peu nombreuses. De plus, jusqu'en 1994, il existait un délit de vagabondage et de mendicité dans le Code Pénal. Il autorisait la BAPSA à emmener d'autorité les sans-abri à Nanterre. Aujourd'hui, ce délit n'existe plus, la BAPSA n'y conduit donc que les volontaires, d'où la nécessité d'établir un dialogue. "Nous sommes passés du ramassage de masse répressif au ramassage sélectif de personnes en danger" explique le responsable de la BAPSA.
La BAPSA intervient de plus en plus aux côtés des policiers de quartier.
En 1998, la BAPSA a transporté au CHAPSA de Nanterre près de 14000 personnes mais près de 7000 sans domicile ont refusé l'assistance proposée.

La population des SDF est à 90% masculine, âgée en moyenne entre 30 et 45 ans. Si les habitués sont plus âgés et souvent malheureusement sans espoir de réinsertion, la BAPSA a mis sur pied une brigade de prévention pour aider les SDF les plus jeunes.

Celle-ci travaille en relation avec de nombreuses associations humanitaires et oriente les sans-abri vers l'association la plus adaptée à leur cas particulier.

Si elle retrouve une vocation humanitaire en période hivernale, la BAPSA est devenue, plus récemment, un service complémentaire spécialisé de la Police Urbaine de Proximité. Elle intervient donc, de plus en plus souvent, à la demande des commissariats.

Chaque année, plus de 500 opérations sont menées conjointement avec les policiers de quartier. Pour les commissariats qui reçoivent les appels des riverains gênés ou inquiets, la BAPSA, dont le personnel et la logistique sont adaptés à accueillir une population psychologiquement et physiquement éprouvée, est devenue indispensable.

Une tournée ordinaire en décembre


Le dialogue s'établit sans difficulté ni agressivité entre les policiers de la Brigade et les personnes sans-abri.

Noël est tout proche et dans les rues de Paris, la foule se presse. Il fait froid et la BAPSA applique le plan hivernal. Ses véhicules parcourent Paris toute la journée. Mais La Brigade est de plus en plus sollicitée directement par le Samu Social, les particuliers, les associations et les commissariats. Une permanence téléphonique fonctionne du lundi au samedi de 6h30 à 23h00 et le dimanche en soirée de 18h00 à 23h00. En ce jour de décembre, Louis et Joël viennent de prendre leur service. Chaque équipe choisit librement son itinéraire. Beaux quartiers ou arrondissements plus populaires, les sans-abri ont des habitudes que la BAPSA connaît bien.

Rue Lafayette (9e), au pied d'un immeuble, une femme et une vie entière en sacs plastique. La BAPSA a reçu plusieurs appels de particuliers à son sujet mais elle ne veut pas aller à Nanterre.

Rue des Écoles (5e), une jeune femme de 28 ans, incapable de parler, les mains rougies par le froid.

Place Félix-Eboué (12e), un homme visiblement échappé d'un établissement hospitalier, en pyjama sous une couverture.

A chaque contact, le chef de car remplit sa fiche de prise en charge qui recense la totalité des interventions, date et heure, nom, prénom et âge des personnes rencontrées, et son accord ou non pour aller à Nanterre. La BAPSA ne fait pas de contrôle d'identité. Elle prend note des déclarations volontaires des SDF. Cela lui a permis dans certains cas d'identifier des personnes recherchées dans l'intérêt des familles. "La qualité de l'accueil est primordiale, elle calme l'agressivité" explique la seule femme de la BAPSA, Danielle, qui n'hésite pas à rapporter de chez elle un Thermos de café et des cigarettes.

L'ambiance est un peu différente quand la BAPSA accompagne les policiers de quartier d'arrondissement. Et le déploiement de forces peut paraître impressionnant. Boulevard Jules-Ferry, une après-midi de décembre, 5 VTT patrouillent, suivis d'un véhicule du commissariat pour d'éventuelles interpellations et d'un car de la BAPSA. Cette opération organisée à la demande du commissariat du IIème est, cette fois, une véritable opération de police. Selon les individus repérés, les policiers de quartier effectuent des contrôles d'identité ou laissent la BAPSA prendre contact avec eux.

En fin de tournée, après une soixantaine de kilomètres, le car prend la direction de Nanterre.